La plus ambitieuse refonte de l’assistant vocal d’Apple depuis quinze ans ne sera pas disponible sur iPhone et iPad dans l’Union européenne au lancement d’iOS 27. Derrière ce blocage, un conflit de fond entre la logique réglementaire de Bruxelles et l’architecture de confidentialité revendiquée par la firme de Cupertino.

C’est l’une des grandes déceptions de la traditionnelle keynote de la WWDC d’Apple cette année pour les utilisateurs européens : Siri AI, le nouvel assistant dopé à l’intelligence artificielle, ne sera pas disponible dans l’Union européenne avec iOS 27 et iPadOS 27.

Les fonctionnalités concernées incluent une application dédiée pour revisiter les conversations, une expérience de Visual Intelligence enrichie, des outils d’écriture intégrés, un mode Siri dans l’application Appareil photo sur iOS, ainsi que d’autres capacités annoncées le 8 juin en marge de l’événement de Cupertino.

Une douche froide pour les quelque 450 millions d’utilisateurs européens d’iPhone et d’iPad, selon Numera. La frustration est d’autant plus forte que cette nouvelle version de Siri était attendue depuis deux ans, conformément aux annonces initiales d’Apple.

Alors que la colère monte chez les consommateurs européens de la marque — certains évoquent même l’idée de passer à Android —, Numera a cherché à comprendre les causes de cette exclusion.

Un index sémantique impossible à partager

Au cœur du problème se trouve l’architecture même de Siri AI, bâtie autour de ce qu’Apple appelle un index sémantique. Concrètement, votre iPhone lit en continu l’ensemble de vos contenus personnels — messages, photos, emails, rendez-vous — pour en construire une bibliothèque intelligente, entièrement chiffrée et stockée localement sur l’appareil.

Lorsque vous sollicitez Siri AI, l’assistant puise dans cette base pour répondre avec le contexte de votre vie quotidienne. À aucun moment, selon Apple, vos données ne transitent sous une forme lisible vers un serveur externe.

C’est précisément cette architecture, pensée pour renforcer la confidentialité, qui se heurte aux exigences réglementaires.

En vertu du Digital Markets Act (DMA) — le règlement européen sur les marchés numériques, pleinement applicable depuis mars 2024 — Apple est tenue d’offrir aux assistants concurrents un accès aux mêmes données et fonctionnalités que celles dont bénéficie Siri AI sur les appareils des utilisateurs.

Bruxelles campe sur ses positions

Ouvrir cet accès reviendrait toutefois à exposer l’index sémantique à des acteurs tiers dont Apple ne peut garantir ni le niveau de sécurité, ni les pratiques en matière de protection des données. Pour l’entreprise, cela serait incompatible avec la conception même de Siri AI et potentiellement dangereux pour la vie privée de dizaines de millions d’utilisateurs européens.

Pour répondre aux exigences européennes, Apple a imaginé un système baptisé Trusted System Agent, un intermédiaire censé permettre aux assistants concurrents d’accéder en toute sécurité aux mêmes capacités que Siri AI sur les appareils vendus dans l’UE.

La firme a également proposé de lancer Siri AI en Europe tout en déployant progressivement cette solution sur une période de dix‑huit mois. Bruxelles aurait refusé. Apple y voit « l’exemple le plus flagrant à ce jour d’une interprétation extrême du DMA par la Commission ».

De son côté, le porte‑parole de la Commission européenne, Thomas Regnier, a déclaré que la décision de ne pas déployer Siri AI dans l’UE relève uniquement d’Apple, « car absolument rien dans le DMA n’interdit à Apple d’introduire de nouveaux produits dans l’Union ».

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