Une combinaison inédite de facteurs démographiques, technologiques et comportementaux pourrait redéfinir l’avenir du secteur automobile aux États-Unis, selon des analystes.
À quoi pourrait ressembler le paysage de l’industrie automobile aux États-Unis à l’horizon 2040 ? La réponse n’incite guère à l’optimisme, selon une projection du cabinet Bain & Company, relayée par CNBC.
L’étude estime que le pays pourrait enregistrer plus de trois millions de ventes annuelles en moins d’ici là, sous l’effet combiné de tendances structurelles. La première concerne la démographie.
En effet, la croissance de la population ralentit, avec un taux de fécondité d’environ 1,6 naissance par femme l’an dernier, bien en dessous du seuil de renouvellement fixé à 2,1, selon les Centers for Disease Control (CDC).
Dans ce contexte, l’immigration apparaît comme un moteur essentiel du dynamisme démographique. Or, Bain anticipe un durcissement des politiques américaines en la matière au cours des quinze prochaines années, susceptible de réduire de moitié les flux migratoires nets observés ces deux dernières décennies.
Des coûts de plus en plus élevés
« C’est la tempête parfaite. Cela commence par la baisse de la population. Vous n’êtes plus une industrie en croissance. Vous êtes une industrie en déclin. Et vous êtes une industrie en déclin à un moment où la technologie bouleverse tout », décrit Mark Gottfredson, associé chez Bain & Company, interrogé par CNBC.
Le deuxième facteur tient à l’évolution des comportements des jeunes générations. Près de la moitié des adolescents de 16 ans ne passent plus le permis de conduire, contrairement à leurs aînés pour qui cette étape constituait un rite incontournable.
Si beaucoup finissent par l’obtenir vers 25 ans, ils se heurtent alors à des prix devenus difficilement accessibles. Pour Sam Fiorani, analyste chez AutoForecast Solutions, le coût représente désormais la principale contrainte pesant sur les volumes de vente, davantage encore que la baisse du nombre de conducteurs.
Par ailleurs, l’essor attendu des véhicules autonomes pourrait réduire la part de titulaires du permis de 2 à 3% d’ici 2040, selon Gottfredson. Le nombre moyen de voitures par conducteur, historiquement proche de 1,2, pourrait également diminuer pour se rapprocher de 1,1 dans les années à venir.
Un vieillissement du parc automobile
Au-delà des nouvelles immatriculations, c’est surtout le rythme de sortie des véhicules du parc qui freine son renouvellement.
En 2000, environ 6% des voitures étaient retirées de la circulation chaque année, en raison de pannes, d’accidents ou d’exportations. Ce taux est descendu à près de 5% début 2026 et pourrait encore reculer à 4,4% d’ici 2040.
Cette tendance s’explique notamment par l’allongement de la durée de vie des véhicules, qui atteint désormais en moyenne 12,8 ans, un niveau record. Les technologies embarquées, comme les aides à la conduite ou les systèmes anticollision, rendent les modèles plus sûrs, mais aussi plus coûteux.
Ce facteur incite de nombreux automobilistes à conserver leur véhicule plus longtemps plutôt qu’à investir dans un modèle neuf. Cependant, une percée technologique dans les véhicules électriques, un assouplissement des politiques migratoires ou un retard prolongé des robots-taxis pourraient chacun infléchir ces trajectoires.
