En une décennie, l’Empire du Milieu a converti ce produit de luxe importé en une production industrielle à grande échelle, au point de concurrencer désormais la France, premier producteur mondial.
« Nos produits agricoles de foie gras finiront par se retrouver sur de nombreuses tables à l’étranger. C’est inévitable ». Dans les colonnes de Reuters, Li Fengshan, l’un des principaux producteurs chinois du secteur, affiche clairement ses ambitions, alors que la Chine s’impose progressivement comme un acteur majeur de cette filière à l’échelle mondiale.
La production nationale aurait atteint environ 14 000 tonnes en 2025, soit une hausse proche de 30% par rapport à 2024, rapprochant Pékin des niveaux français. Sur la même période, la France a produit 15 044 tonnes, en recul de 3%.
Le contrecoup d’un secteur qui peine encore à se remettre pleinement des épizooties d’influenza aviaire qui l’ont frappé à plusieurs reprises entre 2016 et 2022.
« La Chine sera certainement un concurrent de poids pour la France sur certains marchés étrangers, en particulier dans les marchés émergents du foie gras comme l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient », souligne Zhou Menghan, analyste avicole chez Beijing Orient Agribusiness Consultants, cité par Reuters.
La France prise de court
L’essor chinois est si rapide que Fabien Chevalier, président du CIFOG (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras), reconnaît auprès de l’agence de presse avoir été surpris. « Il est préoccupant de constater la vitesse à laquelle ils montent en puissance », confie-t-il.
En une dizaine d’années, le foie gras est passé en Chine du statut de produit de luxe à celui d’aliment plus accessible. Il s’intègre désormais à des plats du quotidien, du riz sauté au hot pot, ainsi qu’à certaines préparations sucrées.
À la tête de Changhao Biotechnology, Li Fengshan a produit 300 tonnes l’an dernier et vise 500 tonnes cette année. Des volumes bien supérieurs à ceux d’un producteur français moyen, qui tourne autour de 10 tonnes annuelles.
Un défi à l’export
Les acteurs chinois bénéficient d’un soutien public notable, incluant des aides aux infrastructures et à la vaccination, ainsi qu’une main-d’œuvre abondante à moindre coût.
Conséquence : une portion de foie gras se vend entre 30 et 70 yuans au restaurant, soit environ 4 à 10 dollars, contre 15 à 40 euros dans les établissements français, selon Reuters.
Fort de cet avantage compétitif, le pays se tourne désormais vers les marchés internationaux. Cette stratégie se heurte toutefois à plusieurs obstacles, notamment des exigences sanitaires strictes imposant aux producteurs de démontrer l’absence de centaines de substances chimiques après vaccination.
Le marché européen reste, par ailleurs, protégé par des indications géographiques rigoureuses — à l’image du « foie gras du Sud-Ouest » — garantissant l’origine et la traçabilité des produits, des barrières que Fabien Chevalier juge difficiles à contourner.
