Le géant pétrolier anglo-néerlandais s’apprêterait à céder ses stations-service françaises. Une décision qui illustre, d’après certains observateurs, les difficultés du secteur de la distribution de carburant dans l’Hexagone.
Selon des informations révélées par Les Echos, Shell envisage sérieusement de se désengager de son réseau de stations‑service en France. L’opération, déjà présentée aux représentants du personnel, est en cours et pourrait être finalisée au début de l’année 2027.
Elle concernerait une soixantaine de sites, principalement situés sur les grands axes routiers et les autoroutes, ainsi qu’une quarantaine de salariés directs, peu rassurés par cette perspective alors même que les prix à la pompe flambent sur fond de guerre en Iran.
Si l’activité des stations‑service de Shell en France a affiché un bénéfice d’exploitation de 108,5 millions d’euros en 2025, l’essentiel de cette marge provient d’activités annexes – vente de confiseries, snacks, cafés et autres produits de boutique – plus que de la distribution de carburant.
« C’est quand même la preuve que ce n’est pas si rentable que ça de vendre du carburant dans ce pays », estime le journaliste Martial You dans une chronique diffusée le 12 mai sur RTL.
Un marché français hostile aux grands groupes pétroliers
À preuve : d’ici 2035, près de 27% des stations-service devraient avoir disparu du territoire français, confirmant une tendance déjà observable depuis plusieurs années. La domination écrasante de la grande distribution dans ce secteur constitue un obstacle majeur pour les enseignes traditionnelles.
Plus de la moitié du carburant vendu en France transite désormais par les stations des hypermarchés, qui pratiquent des prix agressifs rendant les marges extrêmement faibles. « Très peu de marge sur un litre vendu », souligne l’expert économique.
Au‑delà de cette pression économique, le climat politique et social pèse également sur les choix des majors pétrolières. Le « discours anti‑multinationales du pétrole, très puissant en France », comme le formule le chroniqueur, crée un environnement peu accueillant pour des groupes comme Shell.
« Quand vous êtes anglo‑néerlandais comme Shell et que vous voyez comment on traite le français Total, vous n’avez pas très envie de rester », ajoute‑t‑il, en référence aux controverses récurrentes visant les grands acteurs du secteur.
Une stratégie mondiale incompatible avec les objectifs français
Le départ de Shell révèle également un décalage stratégique profond entre les orientations du groupe et les ambitions énergétiques de la France. Alors que Paris s’est fixé pour objectif de réduire la consommation de pétrole de 40% d’ici 2030 et de favoriser massivement l’électrification des transports, l’entreprise anglo-néerlandaise a fait le choix inverse.
Cette stratégie, qualifiée de « pas très politiquement correcte » par le chroniqueur, se traduit concrètement par une réduction des investissements de Shell dans les énergies renouvelables, les bornes de recharge électrique et l’hydrogène.
Sur le plan opérationnel, le modèle des stations autoroutières apparaît lui aussi de plus en plus fragile. Ces points de vente appartiennent aux sociétés d’autoroutes, qui restent libres de changer de fournisseur à l’issue des contrats de concession, tandis que l’obligation d’assurer un service 24 heures sur 24 avec du personnel présent sur site renchérit encore les coûts fixes.
