Investir en France relèverait du parcours du combattant, selon Guillaume Faury, président exécutif du groupe Airbus. Un énième coup de gueule contre un pays en situation économique et financière délicate.
Guillaume Faury en avait manifestement gros sur le cœur concernant l’état de la France. Le président exécutif d’Airbus a donc décidé de se lâcher le 14 octobre dernier, lors de son audition devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale.
« Je peux vous dire qu’aujourd’hui, investir industriellement en France, c’est le parcours du combattant. Si on veut s’assurer que les entreprises arrêtent d’investir en France, on continue à garder ce parcours du combattant », a-t-il déclaré, en référence à la lourdeur des procédures administratives et réglementaires dans l’Hexagone et, plus largement, au sein de l’Union européenne.
À l’en croire, il arrive qu’un investissement industriel ne prenne que deux ans à se concrétiser aux États-Unis, alors qu’il en faudrait jusqu’à cinq en France.
« Si on est aussi lent, c’est un frein énorme à l’investissement. Et quand on a des choses qui ont besoin d’aller vite mais qu’on ne peut pas trouver les conditions d’exercer cette vitesse, eh ben ça va ailleurs », a ajouté le chef d’entreprise.
Trois moteurs de compétitivité identifiés
Guillaume Faury cite l’exemple de la reconversion de l’usine Jean-Luc Lagardère à Toulouse pour les besoins de deux nouvelles chaînes d’assemblage de l’A321, pour laquelle Airbus s’est vu appliquer une grande partie des réglementations prévues pour des sites neufs.
« Dans beaucoup de cas, c’est une couche supplémentaire mise en place par la France. Ce qui est très critique parce que si on ne peut pas aller plus vite chez soi qu’ailleurs, à la fin on ne va pas rester chez soi, on va aussi aller voir ailleurs », a-t-il encore affirmé.
Il invite à travailler sur les facteurs clés de la compétitivité, comme le coût du travail, celui de l’énergie et, plus fondamentalement, celui des barrières réglementaires. « La vitesse à laquelle les Chinois vont dans l’industrie doit nous donner des leçons tous les jours et c’est quelque chose que je ne vois pas suffisamment en Europe dans les politiques publiques », pointe Faury.
Les grands patrons haussent le ton
Pour Laurent Tessier, éditorialiste sur CNews, cette prise de parole s’inscrit dans une série d’alertes lancées par les dirigeants de grands groupes depuis plusieurs mois, pour des raisons diverses.
Ce fut ainsi le cas en avril 2025, quand le directeur général de Safran — deuxième équipementier aéronautique mondial —, Olivier Andriès, refusait d’investir « en France dans une ville détenue par une majorité écologiste ».
« Si c’est pour se faire accueillir, quand on crée 500 emplois dans une région, si c’est pour se faire accueillir par des tomates, ce n’est pas la peine. Je ne le ferai pas », indiquait-il, toujours à l’Assemblée nationale.
