Le Wall Street Journal décortique, dans un nouvel article, les mécanismes qui ont transformé la billetterie live en machine à exclure les fans ordinaires.
« Les concerts ne devraient pas être réservés aux riches. » Victoria Hupp, 29 ans, habitant près de Cleveland, exprime auprès du Wall Street Journal (WSJ) une profonde amertume à l’idée de devoir renoncer à voir Harry Styles lors de sa prochaine tournée mondiale.
Une sorte de résidence musicale que seuls quelques privilégiés pourront, malheureusement, vivre en direct. L’ancien membre de One Direction a en effet choisi de se produire dans seulement sept métropoles à travers la planète, d’Amsterdam à Mexico, en passant par Londres, Melbourne ou encore New York.
Comme le rapporte le quotidien américain, les résidences prolongées dans une même ville permettent aux artistes de réduire considérablement les coûts liés aux déplacements fréquents et à la logistique lourde d’une tournée classique.
« L’argent que l’on peut gagner soir après soir peut être bien supérieur à ce qu’on tire d’une tournée de ville en ville », explique Erik Selz, associé de l’agence ROAM, représentant notamment des artistes indépendants comme Andrew Bird ou The Magnetic Fields, cité par le WSJ.
Des billets qui ne cessent de flamber
Cette fixité géographique offre également la possibilité de concevoir des mises en scène plus spectaculaires et sophistiquées, souvent impossibles à déplacer d’un lieu à l’autre.
Le quotidien américain cite les exemples de Bad Bunny (31 concerts à San Juan l’été dernier), des Eagles et de U2 installés à Las Vegas, ainsi qu’Adele, qui a opté pour des résidences à Las Vegas et Munich.
Mais cet avantage a un revers. Selon Selz, le coût du déplacement et de l’organisation finit par être « transféré au consommateur ». Résultat, les prix des billets atteignent des sommets dans un contexte d’inflation persistante.
Il y a soixante ans, la place la plus chère pour assister au légendaire concert des Beatles au Shea Stadium — le premier grand show en stade de l’histoire — coûtait 5,65 dollars, soit environ 58 dollars actuels selon Business Insider. En 2024, le tarif moyen de revente d’un billet pour la tournée Eras de Taylor Swift s’élevait à… 3 800 dollars.
L’expérience devenue luxe
Désormais, aller voir son artiste préféré relève souvent d’un véritable sacrifice financier. Lexi Toon, 34 ans, résidant près de Cincinnati, l’a constaté en préparant son voyage à New York pour assister au concert de Styles avec sa mère.
Entre le trajet aller-retour et l’hébergement, la facture atteignait 2 500 dollars, dont 1 000 uniquement pour les billets. Soit 1 500 dollars de plus que ce qu’elle avait anticipé, malgré une épargne constituée depuis fin 2024.
Une addition trop salée, qui l’a contrainte à renoncer à cette « expérience amusante » qu’elle attendait depuis des mois. « Un véritable coup dur », confie-t-elle, désabusée, dans les pages du WSJ. De leur côté, Diony Elias, 45 ans, et sa compagne ont dû débourser près de 7 000 dollars pour assister à un concert de Bad Bunny à Porto Rico l’été dernier.
Pour les admirateurs de Harry Styles, cette situation trahit l’esprit même de sa tournée intitulée Together, Together. « Il chante “We belong together”, rappelle Hupp, citée par le Wall Street Journal, évoquant son nouveau single Aperture. Mais se retrouver, pour beaucoup, semble désormais hors de portée ».
