Tandis que l’inflation générale poursuit son ralentissement aux États-Unis — limitée à environ 2% en janvier, d’après le Bureau of Labor Statistics —, le prix du bœuf demeure une exception persistante dans le panorama économique national. Explications !
Aux États-Unis, la catégorie « bœuf et veau » a grimpé de 15% en un an, selon les données publiées en janvier par la principale agence fédérale de statistiques, un rythme qui évoque les pires épisodes de l’inflation pandémique.
« Le contexte général est à la baisse des prix à la consommation depuis deux ans, ce qui est une bonne nouvelle. Mais il existe des rayons entiers des supermarchés où les prix continuent d’augmenter comme en pleine pandémie. Le bœuf en fait partie », résume un journaliste de Bloomberg, qui a consacré une enquête au phénomène.
Loin d’un simple aléa conjoncturel, cette flambée traduit les fragilités profondes d’une filière en tension, confrontée à de multiples facteurs, biologiques aussi bien qu’économiques.
Le cheptel bovin américain a atteint son niveau le plus faible depuis les années 1950, et les causes de cette contraction s’accumulent depuis plusieurs années.
Une crise multiforme
La sécheresse persistante dans les grandes zones d’élevage, la hausse du coût du travail, le renchérissement des équipements agricoles et des taux d’intérêt élevés ont progressivement miné la capacité des éleveurs à maintenir leurs troupeaux.
Dans le sud-est du Montana, Lesh, un éleveur de 64 ans qui possédait autrefois 900 têtes de bétail, hésite aujourd’hui à reconstituer son cheptel, selon des témoignages recueillis par le Wall Street Journal (WSJ). L’irrégularité des précipitations rend en effet tout nouvel investissement dans des femelles reproductrices trop risqué.
À cette crise s’ajoute un défi générationnel : les départs à la retraite ne sont plus compensés, faute de succession et de perspectives économiques viables. D’après le département de l’Agriculture, il y a désormais plus d’agriculteurs âgés de plus de 75 ans que de moins de 35 ans.
« Beaucoup de gens pensent que lorsque les prix du bétail sont élevés, les éleveurs s’en sortent bien. Mais c’est en réalité une période extrêmement difficile et volatile », confie Casey Scherler, éleveuse de cinquième génération dans l’Oklahoma, citée par Bloomberg.
Un horizon lointain
« Il devient de plus en plus difficile de gérer une exploitation rentable. Nous devons raisonner comme des chefs d’entreprise, prendre des décisions qui renforcent nos résultats et rester capables de nous adapter », poursuit-elle, rappelant la longueur du cycle de production bovine.
« On parle donc d’un cycle de production de quatre ans avant qu’un animal apporte une contribution significative à l’offre de bœuf, explique Casey Scherler. Il n’y a pas de solution rapide. On ne peut pas légiférer pour obtenir une plus grande production de veaux le trimestre prochain », observe-t-elle, alors que l’administration multiplie les mesures de soutien à la filière.
Le président a ainsi signé une directive visant à augmenter les importations de bœuf argentin aux États-Unis dans le cadre d’un nouvel accord commercial, tout en abaissant les droits de douane sur les viandes importées.
Donald Trump a par ailleurs ordonné une enquête fédérale sur le secteur de la transformation de la viande, accusant les entreprises d’abus tarifaires. Mais, selon les analystes, même si le cheptel américain entamait sa reprise dès 2028, il faudrait plusieurs années avant que les consommateurs constatent une baisse tangible dans les rayons.
